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Interview with Mr. Denis Sassou-Nguesso, the President of the Republic of the Congo (in French)



Global Insight : malgré l’importance avérée des matières premières, l’on note que l’énergie ou les ressources minières, les bas prix et la faible demande des matières, au niveau mondial, ont commencé à avoir des conséquences sérieuses sur les exportations de la plupart des pays, aussi bien en Afrique, qu’ailleurs, dans le monde. Quels ont été les effets ressentis par le Congo par rapport à cette situation préoccupante et comment les autorités congolaises ont-elles alors réagi pour faire face à la récession économique ?


Denis SASSOU-N’GUESSO : Pour le cas de notre pays, la République du Congo, où le pétrole représente 60% du PIB ; 74% des recettes de l’Etat et 82% des exportations, les effets de cette récession sont durement ressentis. Le gouvernement a revu à la baisse le budget exercice 2016 de l’Etat (2121,5 milliards F CFA, contre 2333,3 milliards F CFA au départ). De même, le train de vie de l’Etat a été réduit de 6%.

Toutefois, en réduisant les dépenses de fonctionnement (de 319,5 milliards F CFA initialement prévues, elles passent à 301,3 milliards F CFA), le gouvernement a maintenu cette année un niveau d’investissement élevé (1306,7 milliards F CFA, contre 1510,5 milliards F CFA initialement), pour permettre à l’Etat de soutenir l’activité économique et continuer à jouer son rôle de stimulateur de la croissance.

GI : Quelles sont les perspectives économiques de la République du Congo pour l’année 2016 ? Et quelles sont les grandes priorités du gouvernement du Congo, ainsi que les principaux objectifs visés ?


Denis SASSOU-N’GUESSO: Le gouvernement poursuivra les investissements en développant les infrastructures, notamment les réseaux de transport et l’énergie électrique. Entre autres priorités, nous avons la question de l’emploi des jeunes ; l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens dans les domaines de l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à la sécurité alimentaire, au logement social.

GI : Votre élection a engendré de nouvelles critiques, plus précisément de la part des groupements politiques de l’opposition locale. Comment appréciez-vous ces critiques tant au niveau national qu’à l’extérieur du pays ? Quel message voudriez-vous adresser à ceux qui ne connaissent pas très bien votre pays, le Congo, ainsi que ses réalités ? Ou encore votre bilan à la tête de ce pays ?


Denis SASSOU-N’GUESSO: Ces critiques ne sont que de la surenchère politique. D’autant plus que l’élection présidentielle du 20 mars 2016 s’est déroulée dans la plus grande transparence, sans incident. Les différents candidats ont librement battu campagne sur l’ensemble du territoire national. Leurs délégués ont suivi le déroulement du scrutin dans les bureaux de vote. Les résultats, bureau par bureau et localité par localité sont connus de tous. Le peuple congolais s’est prononcé souverainement et ne veut plus retomber dans les errements du passé. Notre pays s’est remis sur la voie du développement. Les progrès enregistrés au cours de cette dernière décennie sont spectaculaires. Le pays s’est doté de nombreuses infrastructures modernes pour son émergence.

GI : La diversification de l’économie est devenue une priorité dans la plupart des administrations, aussi bien en Afrique, comme ailleurs, dans le monde. Pouvez-vous nous parler de certains secteurs de l’économie de votre pays, tels que les infrastructures, les technologies de l’information et des communications (TIC), les finances, les énergies renouvelables ; le tourisme ou l’agriculture ? Quelle opinion avez-vous sur les perspectives économiques de votre pays ?



La diversification de notre économie, est un problème qui nous préoccupe. Nous nous y employons. Le gouvernement a entrepris de développer d’autres secteurs à fortes potentialités, comme le bois, l’agriculture, les mines solides, les télécommunications, l’écotourisme, ainsi que l’industrie dont les quatre zones économiques spéciales, en cours de création dans le pays, constitueront des pôles.

D’importants investissements ont été consentis dans les infrastructures de communication (routes, aéroports, ports etc) ; des télécommunications (installation d’une dorsale à fibre optique de plus de 19.000 km, allant du sud au nord du pays) ; de production d’énergie et d’eau potable ; de santé et de sport.

S’agissant des énergies renouvelables, notre pays va se doter bientôt d’une usine de fabrication de panneaux solaires.

En matière de tourisme, le Congo regorge de sites naturels de renommée internationale. Et l’action du gouvernement se focalise sur la mise en œuvre de la politique de développement durable de l’industrie touristique.

Notre pays a un potentiel agricole immense. Mais avec ses 10 millions d’hectares de terres arables, à peine 2% sont mis en valeur. La culture du palmier à huile va permettre la relance de la filière corps gras. La culture du cacao connaît également un regain d’activités. Des investisseurs sud-africains et autres, développent au sud du pays la culture du maïs et d’autres produits.

En dépit de la récession économique mondiale actuelle, les perspectives économiques de notre pays restent prometteuses.

GI : Comment nous l’avions mentionné dans notre document, nous sommes en train de préparer une série de reportages qui paraîtront, cette année, à l’occasion de la 6ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VI), qui se tiendra du 27 au 28 août 2016, à Nairobi, au Kenya.

Etant donné que la TICAD est considérée comme une opportunité unique pour sécuriser de nouveaux investissements et de nouveaux fonds, quelle est à ce propos votre opinion sur cet événement majeur qui se tiendra sur le continent africain, plus particulièrement sur les relations entre le Congo et le Japon ?


Denis SASSOU-N’GUESSO: Le Japon, troisième puissance économique mondiale, est un partenaire incontournable pour le développement de l’Afrique. La tenue sur le continent, de la 6ème TICAD, traduit tout l’intérêt que portent les autorités japonaises sur l’Afrique. C’est là un cadre propice d’échanges, pour les deux parties. C’est un cadre qui leur permet de se projeter sur l’avenir, de mutualiser les efforts face aux nouveaux défis qui se présentent à nous, à l’humanité. A travers la TICAD, nous pensons consolider par ailleurs les relations amicales qui existent, si heureusement, entre nos deux pays, le Congo et le Japon.

GI : Pourriez-vous vous décrire, en tant que dirigeant engagé en faveur de la promotion des investissements et du commerce ? S’il en est ainsi, quelles assurances donneriez-vous ou quelles actions entreprendriez-vous pour que la République du Congo puisse obtenir les meilleurs investissements ou le soutien de coopération nécessaire de la part des donateurs, des investisseurs ou d’autres partenaires ? En quelques mots, pourquoi un investisseur porterait-il son choix sur votre pays ?


Denis SASSOU-N’GUESSO: Dans un contexte mondial aujourd’hui fait de guerres, d’attentats, de menaces de toutes sortes, on peut se réjouir de la quiétude, de la sérénité, de la sécurité qui caractérisent notre pays. Le Congo est un et indivisible. Il n’y a de conflit ni entre les Congolais, ni entre les Etrangers et les Congolais. Nous avons fait de la paix notre crédo. La paix est le fondement de tout: de la liberté, de la démocratie, du vivre ensemble, du progrès économique et social. Ainsi, un investisseur porterait son choix sur le Congo, parce que le Congo est un pays stable et en paix avec des potentialités énormes. En plus, le climat des affaires congolais y est attrayant et en constante amélioration. Enfin, le Congo est un pays accueillant, doté d’une main d’œuvre abondante, en majorité jeune. Tout investisseur est bienvenu au Congo. Je suis certain qu’il en fera sa seconde patrie.